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Exercice physique et santé mentale : peut-on aussi prendre soin de l'esprit par le corps ?

Pessoa a apertar os atacadores antes de praticar exercício físico
Photo : Tirachard Kumtanom / Pexels.

Lorsque nous pensons à l’exercice physique, nous l’associons souvent à la perte de poids, au renforcement musculaire ou à la prévention des maladies cardiovasculaires. Pourtant, ses effets ne se limitent pas au corps. L’activité physique peut aussi influencer l’humeur, le sommeil, l’anxiété, l’énergie et la manière dont nous nous rapportons à nous-mêmes.

Pendant longtemps, la santé physique et la santé mentale ont été traitées comme des domaines relativement séparés. Aujourd’hui, nous savons que cette séparation est artificielle. Ce qui se passe dans le corps influence notre expérience psychologique, de la même façon que la souffrance émotionnelle peut affecter le sommeil, l’appétit, la tension, la fatigue et la capacité à bouger.

C’est dans ce contexte que l’exercice est de plus en plus reconnu non seulement comme une forme de prévention, mais aussi comme un complément possible dans le traitement de certaines difficultés psychologiques.

Que nous dit la recherche ?

La relation entre exercice et santé mentale a été étudiée dans différentes populations, à différents âges et à travers plusieurs formes d’activité physique.

Une large revue publiée dans le British Journal of Sports Medicine, réunissant les résultats de plus de mille études et de près de 80 000 participants, a conclu que l’activité physique peut contribuer à réduire les symptômes de dépression et d’anxiété.

Dans le cas spécifique de la dépression, une revue de 218 études, impliquant plus de 14 000 participants, a trouvé des bénéfices dans des activités comme la marche, la course, le renforcement musculaire, le yoga ou la danse. Les auteurs ont défendu que l’exercice devait être considéré aux côtés d’autres interventions fondées sur les preuves.

Cela ne signifie pas que l’exercice a le même effet chez toutes les personnes, ni qu’il peut remplacer automatiquement d’autres traitements. Cela signifie toutefois qu’il ne doit pas être vu seulement comme un conseil général pour adopter un « mode de vie sain ». Dans certaines situations, le mouvement peut faire partie des soins de manière cliniquement pertinente.

Comment l’exercice peut-il aider ?

Il n’existe pas une seule explication aux effets de l’exercice sur la santé mentale. Ses bénéfices semblent résulter d’une combinaison de processus physiques, psychologiques et sociaux.

L’activité physique influence des systèmes biologiques impliqués dans la régulation du stress, de l’humeur, de l’énergie et du sommeil. Elle peut aussi contribuer à relâcher la tension physique accumulée et à augmenter le sentiment de vitalité.

Cependant, ses effets ne se résument pas à ce qui se passe dans le cerveau. L’exercice peut également introduire de la structure dans le quotidien, créer une pause par rapport aux préoccupations et offrir une expérience concrète d’accomplissement.

Lorsqu’une personne traverse une période dépressive, par exemple, des tâches simples peuvent sembler trop difficiles. Sortir de chez soi et marcher quelques minutes peut représenter une petite expérience d’action dans un moment dominé par un sentiment d’immobilité.

Ce mouvement ne résout pas, à lui seul, l’origine de la souffrance. Il peut cependant aider à interrompre temporairement le cycle entre isolement, inactivité et aggravation de l’humeur.

Il peut aussi augmenter progressivement la perception de capacité. Réussir à marcher un peu plus, apprendre un exercice ou maintenir une certaine régularité permet d’observer des changements concrets. Pour une personne qui a le sentiment d’avoir perdu le contrôle sur plusieurs aspects de sa vie, ces petits signes peuvent compter.

Lorsqu’il est pratiqué en groupe, l’exercice peut également favoriser le contact social, l’engagement partagé et le sentiment d’appartenance. Pour certaines personnes, ces éléments sont aussi importants que l’activité physique elle-même.

Faut-il pratiquer un exercice intense ?

Pas nécessairement.

Certaines études indiquent que des activités d’intensité modérée ou élevée peuvent produire des effets plus marqués sur certains symptômes dépressifs. Mais cela ne signifie pas que seul l’exercice intense soit utile.

Des activités plus légères peuvent aussi apporter des bénéfices, surtout pour les personnes sédentaires, celles qui ont des limitations physiques ou celles qui traversent une période où l’énergie et la motivation sont réduites.

L’activité la plus efficace sera souvent celle que la personne parvient à pratiquer avec une certaine régularité.

Pour quelqu’un qui ne fait pas d’exercice, commencer par de courtes marches peut être plus réaliste que mettre immédiatement en place un programme exigeant. Un objectif trop élevé peut transformer une tentative de prendre soin de soi en une nouvelle source de culpabilité ou d’échec.

Le mouvement ne doit pas être utilisé comme punition, obligation morale ou preuve de volonté. Dire à une personne déprimée qu’elle doit simplement « se lever et faire de l’exercice » ignore que le manque d’énergie, la perte de plaisir et la difficulté à initier les tâches font partie du problème.

Quel est le meilleur type d’exercice ?

Il n’existe pas de modalité universellement supérieure pour toutes les personnes.

L’exercice aérobie, comme marcher, courir, nager ou faire du vélo, est l’une des formes les plus étudiées. Le renforcement musculaire a aussi montré des bénéfices, tout comme les activités qui combinent mouvement, respiration et attention, comme le yoga.

La danse peut ajouter du plaisir, de l’expression et du contact social. Les sports collectifs peuvent favoriser le sentiment d’appartenance, tandis que les activités individuelles peuvent être plus adaptées aux personnes qui préfèrent davantage d’autonomie ou moins d’exposition sociale.

La marche est une option particulièrement accessible. Elle ne nécessite pas forcément d’équipement spécifique, peut être adaptée au rythme de chaque personne et s’intègre relativement facilement dans le quotidien.

La recherche sur les marches dans des espaces naturels a trouvé des améliorations de l’humeur, du bien-être, de l’anxiété, du stress et de la tendance à rester prisonnier de pensées répétitives. Il n’est cependant pas nécessaire de vivre près d’une forêt. Un jardin, un parc ou un itinéraire urbain plus calme peut déjà créer une différence significative.

Le choix de l’activité doit tenir compte de la condition physique, de l’état de santé, des préférences, des ressources disponibles et de la possibilité de maintenir la pratique dans le temps.

Une activité théoriquement efficace, mais qui provoque une souffrance constante ou qui est impossible à intégrer dans la routine, aura peu de chances d’être durable.

Pourquoi est-il si difficile de commencer ?

Lorsque nous allons bien, il peut sembler que faire de l’exercice dépend seulement de la décision et de la discipline. Pourtant, de nombreuses difficultés psychologiques affectent directement les processus nécessaires pour commencer et maintenir une activité.

La dépression peut réduire l’énergie, la motivation et la capacité à anticiper le plaisir. L’anxiété peut rendre menaçants une salle de sport, un cours de groupe ou même le fait de sortir de chez soi. Une faible estime de soi peut augmenter la peur du jugement. La fatigue et les troubles du sommeil peuvent rendre tout programme plus difficile à soutenir.

Un cercle peut alors se former : la personne se sent plus mal, bouge moins, s’isole davantage et perd encore plus d’énergie et de confiance.

Pour cette raison, des recommandations vagues comme « il faut faire de l’exercice » peuvent être peu utiles et augmenter le sentiment de culpabilité. Il est souvent nécessaire de diviser l’objectif en étapes plus petites, d’identifier les obstacles concrets et d’adapter l’activité à la réalité de la personne.

Comment commencer de manière réaliste ?

Il n’est pas nécessaire de commencer avec de grands objectifs. Il peut être plus utile de choisir une activité simple, précise et possible à répéter.

Une marche de dix ou quinze minutes, monter quelques escaliers, danser chez soi, faire du vélo ou réaliser des exercices légers sont aussi des formes de mouvement.

Au lieu de définir comme objectif « commencer à faire de l’exercice », il peut être plus concret de décider de marcher dix minutes après le déjeuner, deux fois par semaine. Les objectifs modestes et précis sont généralement plus faciles à initier et à évaluer.

Il peut aussi être utile de :

  • choisir une activité au moins un peu agréable ;
  • l’associer à une routine déjà existante ;
  • la pratiquer avec une autre personne ;
  • préparer à l’avance les vêtements ou le matériel nécessaire ;
  • observer comment on se sent avant et après l’activité ;
  • accepter qu’il y aura des jours et des semaines moins réguliers.

Manquer une journée ne signifie pas que l’effort précédent a perdu sa valeur. Dans les périodes de plus grande souffrance, l’absence d’exercice ne doit pas devenir une raison supplémentaire de se critiquer.

Commencer lentement, c’est encore commencer.

L’exercice peut-il remplacer la psychothérapie ou les médicaments ?

L’exercice peut produire des améliorations importantes, mais il ne doit pas être présenté comme un remplacement automatique de la psychothérapie, des médicaments ou d’autres soins de santé.

La décision dépend de l’intensité et de la durée des symptômes, de l’existence d’un risque, des conditions médicales et de l’histoire de chaque personne.

Dans certaines situations légères, l’exercice peut être l’une des principales stratégies utilisées. Dans les cas modérés ou graves, il est généralement plus approprié de l’intégrer dans un plan plus large, qui peut inclure un accompagnement psychologique, une évaluation médicale, des médicaments, un soutien social ou des changements dans les circonstances de vie.

Une personne qui prend déjà des médicaments ne doit pas les réduire ou les arrêter uniquement parce qu’elle a commencé à faire de l’exercice, sans en parler d’abord au professionnel de santé responsable.

De même, les personnes ayant des problèmes cardiaques, respiratoires, articulaires ou d’autres limitations peuvent avoir besoin d’un avis médical avant de commencer une activité plus exigeante.

L’exercice n’élimine pas les causes de la souffrance

L’exercice peut contribuer à la santé mentale, mais il n’élimine pas automatiquement les circonstances à l’origine de la souffrance.

Une marche ne résout pas une relation abusive, des conditions de travail intenables, des difficultés économiques, la discrimination, des expériences traumatiques ou un trouble psychologique qui nécessite un accompagnement.

Il ne doit pas non plus être présenté comme une responsabilité exclusivement individuelle, comme si une personne qui reste déprimée ou anxieuse ne faisait simplement pas assez d’efforts.

La santé mentale est influencée par des facteurs biologiques, psychologiques, sociaux et économiques. Le mouvement peut aider, mais il ne remplace pas la sécurité, le soutien, la stabilité ni l’accès à des soins adaptés.

Lorsque la tristesse, l’anxiété, l’isolement, les troubles du sommeil ou la perte d’intérêt persistent et interfèrent avec le travail, les études, les relations ou les soins personnels, il est important de chercher une aide professionnelle.

Prendre soin de l’esprit à travers le corps ne signifie pas réduire la souffrance psychologique à une question physique. Cela signifie reconnaître que le corps et l’esprit font partie de la même expérience et que, parfois, commencer à mobiliser l’un peut aider à créer de l’espace pour que l’autre puisse aussi respirer.

Références

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Noetel, M., Sanders, T., Gallardo-Gómez, D., Taylor, P., del Pozo Cruz, B., van den Hoek, D., et al. (2024). Effect of exercise for depression: Systematic review and network meta-analysis of randomised controlled trials. The BMJ, 384, e075847. https://doi.org/10.1136/bmj-2023-075847

Shin, W. S., Kim, J. J., Lim, S. S., Yoo, R. H., Jeong, M. A., Lee, J., & Park, S. (2021). Effect of nature walks on depression and anxiety: A systematic review. Sustainability, 13(7), 4015. https://doi.org/10.3390/su13074015

Wilson Ferreira Santos est psychologue, inscrit à l'Ordre des Psychologues Portugais sous le n.° 25219.

Ces textes accompagnent une pratique clinique centrée sur une lecture attentive et humaine de l'expérience psychologique.

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