Le FOMO, acronyme anglais de fear of missing out, désigne la crainte que d’autres personnes soient en train de vivre des expériences importantes, intéressantes ou socialement gratifiantes dont nous sommes absents. Il ne s’agit pas simplement de “vouloir être partout”. Il s’agit souvent d’un malaise plus subtil : l’impression que quelque chose d’important pourrait se passer ailleurs, avec d’autres personnes, et qu’il faut rester au courant pour ne pas perdre un lien, une occasion ou un sentiment d’appartenance.

Le terme s’est popularisé avec les réseaux sociaux, mais l’expérience qu’il décrit est bien plus ancienne. Être sensible à l’inclusion dans le groupe fait partie de la vie humaine — cela a toujours été le cas. Ce qui a changé, c’est la quantité de signaux disponibles : photos, messages, notifications, statistiques, confirmations de présence, stories qui disparaissent, conversations qui continuent sans nous. Ce qui autrefois ne pouvait qu’être imaginé apparaît désormais sur un écran, presque en temps réel.

Il vaut la peine de commencer par une distinction importante : le FOMO n’est ni une maladie ni un diagnostic. Il n’existe pas de “trouble du FOMO” dans les manuels diagnostiques. Il peut s’agir d’une expérience occasionnelle et parfaitement compréhensible ; mais il peut aussi devenir un schéma répété qui interfère avec le sommeil, la concentration, les relations, l’estime de soi ou l’usage du téléphone. La principale question clinique n’est pas “ai-je du FOMO ?”, mais plutôt “quelle place cela prend-il dans ma vie ?” — et c’est cette question qui aide à comprendre le phénomène de l’intérieur.

Un signal d’alarme social trop sensible

On peut penser le FOMO comme une sorte de signal d’alarme social. À dose modérée, être attentif à ce qui se passe autour de nous peut nous aider à maintenir des relations, répondre à des invitations, participer à des moments importants et sentir que nous appartenons au groupe. Le problème commence lorsque ce signal devient trop sensible et se déclenche face à presque n’importe quel indice.

Une notification, une photo d’amis, l’idée d’une conversation de groupe ou la simple possibilité de ne pas connaître une nouvelle peuvent déjà créer de la tension. La réponse semble simple : ouvrir l’application, vérifier, regarder rapidement. Parfois, nous trouvons quelque chose d’intéressant ; d’autres fois, presque rien. Malgré cela, la vérification apporte un soulagement momentané. Et c’est ce soulagement qui nous apprend que vérifier “fonctionne”.

Un cycle assez reconnaissable se forme alors : l’idée que l’on est peut-être en train de manquer quelque chose apparaît, le malaise augmente, on consulte son téléphone, un soulagement ou une récompense brève survient, et la probabilité de vérifier à nouveau augmente. Il n’est pas nécessaire qu’il y ait un plaisir intense — il suffit souvent de réduire l’incertitude pendant quelques secondes. Les réseaux sociaux sont particulièrement doués pour nourrir ce cycle.

Comparaison, appartenance et réseaux sociaux

Les réseaux sociaux sont particulièrement efficaces pour alimenter ce circuit parce qu’ils montrent une version sélectionnée de la vie des autres. Nous voyons des sorties, des voyages, des réussites, des relations, des événements et des moments d’apparente légèreté. Notre expérience intérieure, avec sa fatigue, ses doutes et sa routine, finit par être comparée à ce que les autres ont choisi de publier.

Cette comparaison peut transformer une information simple — “ils sont là” — en une lecture beaucoup plus personnelle : “je devrais y être”, “j’ai été exclu”, “je suis en train de prendre du retard”, “ma vie est moins intéressante”. Ce processus n’est pas toujours conscient. Parfois, il ne reste qu’une sensation vague de malaise, d’urgence ou d’insuffisance.

La recherche a trouvé des associations cohérentes entre le FOMO et l’usage problématique d’Internet ou des réseaux sociaux. Cela ne signifie pas que le FOMO soit toujours la cause initiale, ni que les réseaux sociaux affectent tout le monde de la même façon. Cela signifie plutôt que, dans de nombreuses situations, le FOMO, la comparaison sociale, l’anxiété et la vérification numérique se renforcent mutuellement. Et, contrairement à l’image populaire, ce mécanisme n’est propre à aucun âge.

Qui peut ressentir du FOMO ?

Bien qu’il soit souvent associé aux adolescents et aux jeunes adultes, le FOMO n’appartient pas à un âge précis. La recherche tend à trouver des niveaux plus élevés chez les personnes plus jeunes, peut-être parce que l’appartenance au groupe, l’identité et la vie sociale y ont une importance particulière. Mais des adultes de différents âges peuvent aussi reconnaître cette expérience : au travail, dans les relations, dans la vie familiale, dans la carrière ou même autour d’occasions culturelles et professionnelles.

Il n’existe pas non plus de règle simple concernant le genre, la culture ou la classe sociale. La manière dont le FOMO apparaît dépend du contexte, des plateformes utilisées, des attentes sociales, des relations importantes et de la façon dont chaque personne compose avec l’exclusion, l’incertitude et la comparaison. L’essentiel est d’éviter les caricatures : le FOMO n’est pas une faiblesse générationnelle, mais une expérience psychologique qui devient plus probable lorsque les signes d’appartenance et d’exclusion sont constamment visibles. La question n’est donc pas tant de savoir qui le ressent, mais à quel moment cette sensation cesse d’être passagère.

Quand cela devient un problème

Ressentir un certain inconfort parce que l’on manque une rencontre, une conversation ou une occasion n’est pas, en soi, préoccupant. La vie implique de choisir, et chaque choix laisse d’autres possibilités de côté. Le FOMO devient plus pertinent lorsque la personne a le sentiment de ne plus pouvoir choisir librement.

Certains signes méritent attention : consulter le téléphone de façon répétée alors que l’on voulait se reposer ou se concentrer ; se sentir anxieux lorsque l’on n’a pas accès aux réseaux ; interrompre des conversations, le travail ou les études pour suivre des mises à jour ; repousser le sommeil pour ne pas manquer des messages ; accepter des engagements par peur de l’exclusion ; ou rester pris dans des comparaisons persistantes qui laissent une sensation d’insuffisance.

Dans ces situations, le problème ne se trouve peut-être pas seulement dans le nombre d’heures passées devant un écran. Il peut se trouver dans le rôle que l’écran a commencé à jouer : confirmer l’appartenance, éviter la solitude, réguler l’anxiété, remplir un vide, empêcher le contact avec les doutes ou protéger contre la sensation de prendre du retard. À partir de là, il devient utile de se demander ce qui peut réellement aider.

Qu’est-ce qui peut aider ?

La solution ne passe pas toujours par la suppression des applications ou par une “détox numérique” radicale. Pour certaines personnes, réduire les stimuli peut aider ; pour d’autres, l’abstinence totale est difficile à maintenir et finit par éclairer peu de choses. Très souvent, il est plus utile, et plus durable, de rendre l’usage numérique plus intentionnel.

Un premier pas peut simplement consister à observer le schéma : à quels moments l’envie de vérifier apparaît-elle ? Que se passait-il juste avant ? Y avait-il de l’ennui, de l’anxiété, de la solitude, de la comparaison, une peur de l’exclusion, une difficulté à commencer une tâche ? Cette question déplace le regard du téléphone vers la fonction psychologique du comportement — ce qui constitue déjà, en soi, une étape importante.

Il peut aussi être utile de réduire les indices inutiles : désactiver les notifications, retirer certaines applications de l’écran d’accueil, créer des périodes sans téléphone avant de dormir, éviter de consulter les réseaux pendant les repas ou les conversations, et choisir des moments précis pour répondre aux messages. L’idée n’est pas de faire de la vie numérique une ennemie, mais de récupérer une marge de décision.

Lorsque le FOMO est lié à l’anxiété, à l’estime de soi, à la comparaison sociale ou à des difficultés relationnelles, le changement demande généralement plus que des règles d’utilisation. Il peut être nécessaire de travailler des croyances comme “si je ne suis pas présent, je ne compte plus”, “les autres vont toujours mieux que moi” ou “j’ai besoin de tout savoir pour me sentir en sécurité”. Dans ces cas-là, le travail psychologique peut aider à comprendre le cycle et à construire des formes d’appartenance plus stables. Mais il existe une part du problème qu’aucune stratégie, aussi bonne soit-elle, ne peut résoudre complètement.

Manquer quelque chose fait aussi partie de la vie

Il y a une vérité inconfortable au centre du FOMO : nous manquons toujours quelque chose. Lorsque nous sommes quelque part, nous ne sommes pas ailleurs. Lorsque nous choisissons une relation, une activité ou un moment de repos, nous laissons d’autres possibilités non vécues. Aucune stratégie numérique ne peut éliminer cela.

C’est peut-être pourquoi la réponse au FOMO n’est pas de contrôler tout ce qui se passe, mais d’apprendre à mieux tolérer la part inévitable du fait d’être absent. Non pas comme une résignation triste, mais comme la conséquence naturelle d’une vie choisie. Il y a des expériences que nous ne vivrons pas, des conversations que nous ne suivrons pas, des occasions qui passeront. La question est de savoir si nous pouvons être suffisamment présents dans ce que nous choisissons pour que ce qui est resté de côté n’occupe pas toute la place.

Lorsque la peur de rater quelque chose devient persistante, douloureuse ou difficile à réguler, chercher un soutien psychologique peut avoir du sens. Pas nécessairement pour utiliser moins de technologie, mais pour comprendre quel besoin, quelle crainte ou quelle blessure demande si souvent confirmation à travers elle.

Références

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